Folding beijing, l’utopie SF à la chinoise

11893773_10153275678428025_7443021517440999050_oCoup de cœur science-fiction : Folding Beijing

Folding Beijing de Hao Jingfang est une nouvelle de science-fiction qui a été distinguée par le Prix Hugo 2016. Dans ce court récit qui suit le parcours d’un travailleur des déchets à travers un Pékin futuriste soumis à la ségrégation de l’espace et du temps, l’auteure aborde de nombreux thèmes comme la densité urbaine, le retraitement des déchets, l’économie verte, le temps, l’emploi et les inégalités sociales. Le prix Hugo récompense les meilleurs œuvres de science-fiction. La nouvelle se lit gratuitement en anglais sur le site du magazine Uncanny.

Dans le futur, la ville de Pékin est divisée en 3 espaces différents. Leur population ne peuvent pas se croiser car la ville est partitionnée en 3 : quand un quartier est à la surface éveillée, les deux autres sont enfouis sous terre et les habitants contraints de dormir. La ville dispose d’énormes machines pour faire fonctionner ce système. Il s’agit de répartir et de partager le temps, ainsi que les richesses et le confort, en fonction des populations. Il permet aux 5 millions de plus riches du First Space de bénéficier de 24 heures de vie, tandis que les 25 millions  du Second Space disposent de journée de 16 heures et les 50 millions du Third Space profitent seulement de 8 heures de vie. Lao Dao travaille dans une usine de retraitement des déchets, il va être conduit à quitter le Third Space, très dense avec beaucoup de promiscuité  pour rencontrer les habitants, plus nantis des 2 autres secteurs.

La nouvelle se lit agréablement. Elle s’inscrit dans la lignée des utopies de science-fiction où la société ou la ville parfaite cache quelque chose. Le concept du partage du temps entre les riches et les pauvres rappellera le loufoque Crésudi dernier ? de Paul Van Herc

Visite du labo de Bure

J’ai pu en fin d’année 2015 me rendre sur le site du laboratoire de Bure. Visite intéressante qui pose de nombreuses questions sur comment gérer sur des milliers d’années un probleme. Le labo doit préparer le site du projet de site de stockage souterrain, ce dernier n’est pas encore construit. Son coût fait d’ailleurs polémique.

Bure

 

Perdus sur un plateau venteux situé entre la Haute-Marne et la Meuse, seuls quelques bâtiments épars révèlent l’emplacement du laboratoire de l’Andra (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Aussi connu sous le nom de laboratoire de Bure, ce site devra, à terme et sous certaines conditions, accueillir un site de stockage des déchets radioactifs de haute activité et à durée de vie longue : Cigéo (centre industriel de stockage géologique). Sa construction n’a pas encore été autorisée. Seul le laboratoire a été creusé, il se trouve en pleine campagne. Cette année, le laboratoire de Bure fête ses 15 ans, l’occasion de revenir sur le projet d’enfouissement des déchets radioactifs en France.

Seul le labo de Bure a été construit, il vise à démontrer la faisabilité de l’enfouissement des déchets radioactifs. Le personnel de l’Andra insiste bien là-dessus : « aucun déchet radioactif n’est entreposé dans le laboratoire de Bure », et pour cause, ce n’est pas sa finalité .

« Ici, nous faisons de la géologie pratique avec un objectif précis », résume Fréderic Plas directeur Recherche et Développement à l’Andra qui rappelle que le labo doit fonctionner jusqu’en 2030. D’ici là, il sert avant tout à tester la manière de procéder afin d’enterrer des déchets radioactifs, donc dangereux pour les êtres vivants, sans que ceux-ci ne représentent une menace pour les générations futures.

Un colis vide de déchets radioactifs © GoodPlanet/Julien Leprovost

« Le laboratoire permet de voir comment la roche réagira durant la phase d’exploitation de Cigéo, c’est-à-dire quand le site recevra les colis de déchets radioactifs à stocker », explique-t-il. D’autres pays comme la Suède, la Finlande ou les Etats-Unis ont lancé des projets similaires, mais la technologie reste encore à préciser, à expérimenter, à évaluer et à développer, précise Fréderic Plas qui insiste sur l’aspect création d’un processus sécurisé : « le labo nous sert à concevoir le stockage et à imaginer et inventer des scénarios technologiques ».

A 500 mètres de profondeur

Bure

Après une formation de sécurité, il faut s’équiper d’un casque avec lampe frontale et de chaussures de sécurité pour emprunter un petit ascenseur rouge. La descente vers le labo dure 5 minutes. Marc Antoine Martin chargé de la communication explique que « le puits et l’ascenseur ne font pas plus de 5 mètres de diamètre pour rassurer les riverains et leur garantir que le site du laboratoire ne servira pas à y entreposer des déchets radioactifs, ces derniers sont trop volumineux pour entrer. »

Une fois en bas, c’est plus de 1,5 km de galeries qui ont été creusées. Moins d’une cinquantaine de personnes y travaillent en permanence : certains creusent des galeries, d’autres effectuent des expériences et des relevés scientifiques. Ils expérimentent des techniques de forage, ils contrôlent la température et les réactions de la roche.

Fréderic Plas résume : « le principe de stockage que nous envisageons fonctionne sur le modèle des poupées russes avec un ensemble de barrières pour empêcher ou limiter la migration des radioélements : par exemple pour les déchets de haute activité, du verre, puis de l’acier pour le colis et enfin l’argile qui enferme le colis sous terre dans le site de stockage ». Le laboratoire a lui aussi vocation à être rebouché à terme,.

Pouvoir revenir en arrière

Le parlement examinera le dossier et se prononcera dans les prochaines années sur l’ouverture et la création du site. Si cette étape est passée avec succès, les travaux pour creuser les premières galeries débuteront vers 2020 et le site rentrera en phase d’exploitation vers 2030. Durant une centaine d’années Cigéo sera ouvert pour y enfouir les déchets radioactifs français de haute activité et à vie longue. La surface occupée en souterrain couvrira 15km2 et les deux installations de surface (réception des colis et aplomb du stockage) occuperont chacune quelques centaines d’hectares. Les galeries du Cigéo et celle du labo sont indépendantes et ne se croiseront pas.

Les galeries du laboratoire de Bure © GoodPlanet/Julien Leprovost

De fait le site restera ouvert une centaine d’année pour recevoir les colis de déchets radioactifs avant d’être rebouché et scellé. En 2015, la France comptait plus de 1 460 000 m3 de déchets radioactifs. Le Cigéo en accueillera une partie : les déchets dits hautement radioactifs et à vie longue, soit 70 000 m3 de déchets dits de moyenne activité à vie longue et 10 000 m3 de déchets dits de haute activité.

Plus loin sur le sujet :
– La Finlande autorise le stockage longue durée de ses déchets radioactifs sous terre

– Bure, les opposants au municipales

– La bande-annonce d’Into Eternity, documentaire sur le sujet tournée en Finlande
BONUS MUSICAL
Je ne reviendrai pas sur le stalkérisme etc mais je vous invite à écouter ce morceau d’electro allemande. Découvert grâce au tres bon film into eternity dont le lien pour le trailer est au dessus

DEMAIN, le « feel good movie » du docu écolo

Aujourd’hui sort DEMAIN, ce docu est un feel good movie du docu écolo. Musique de jeunes ‘(Ramones, Rufus Wainwright qui reprend Leonard Cohen), mise en scene de Mélanie Laurent et Cyril Dion qui vont à la rencontre de ceux qui veulent changer le monde. Le film se découpe en grands themes,, les meilleurs étant l’éducation et la monnaie. Voici l’interview de Cyril Dion, si un jour j’ai le temps je rajouterai la réponse sur les monnaies que j’ai du couper du texte car trop longue.

Melanie Laurent et Cyril Dion DR : DEMAIN

Melanie Laurent et Cyril Dion DR : DEMAIN

DEMAIN sort le 2 décembre au cinéma, découvrez la bande-annonce du film et une interview avec Cyril Dion. Il est, avec Mélanie Laurent, l’un des réalisateurs du film. Cyril Dion est l’un des fondateurs de Colibris et du magazine Kaizen. Il répond à nos questions sur ce documentaire qui propose un tour d’horizon des solutions possibles aux crises écologiques, économiques et sociales. Le film, qui a pour particularité de voir le jour grâce à une campagne de financement participatif sur Internet, refuse d’être un état du monde pessimiste et se veut le « feel good movie » du docu écolo.

Pourquoi avoir fait ce film ?

Il manque quelque chose de fondamental pour aider la société à changer. On parle beaucoup de ce qui va mal, mais on parle trop rarement de ce vers quoi on pourrait aller. Pour insuffler un élan, nous voulions montrer des solutions, ceux qui les incarnent et ce qui est désirable. Le film aborde le thème de la liberté en montrant des gens qui réalisent ce qui leur parait juste. Ils ne cherchent pas à sauver le monde, ils veulent juste être intègres.

Etiez-vous parti avec l’idée de faire le « feel good movie » du documentaire écologique ?

Exactement, nous voulions que les spectateurs sortent du film avec le sourire, de l’énergie et qu’en même temps ils aient vu des gens qui leur donnent l’envie de faire la même chose.

Comment est née l’idée du film ?

Donner l’exemple n’est pas la meilleure façon de convaincre, c’est la seule. Nous voulions montrer des gens qui font des choses qui fonctionnent à une échelle relativement importante. Ils ne sont pas forcément des militants. Ensuite, nous avons construit une histoire pour éviter d’être un catalogue de solutions. DEMAIN est un vrai film de cinéma avec sa dramaturgie, avec de la musique, des belles images, des personnages charismatiques et touchants, des rebondissements et des émotions. Mélanie Laurent a coréalisé le film, elle a apporté son talent et savoir-faire ainsi qu’une dimension artistique et poétique à ce projet.

Qu’est-ce que le financement participatif a apporté au projet ?

Nous voulions lever 200 000 euros en 2 mois, nous les avons obtenus en 3 jours. Nous avons eu par ce biais 450 000 euros, soit un tiers du budget du film. Cela nous a permis de sentir l’énergie de plein de personnes qui voulaient que le film existe. Leur soutien était hyper important pour nous et a convaincu des partenaires hésitants à financer le projet. Ça a été un déclic. Ces fonds ont permis de démarrer rapidement les tournages en payant les voyages, les hôtels, la location du matériel et les salaires des techniciens. Les tournages ont duré 4 mois.

Comment avez-vous choisi les solutions et intervenants du film ?

Montrer des gens qui font autrement a été notre critère principal. Nous avons retenu des projets avec une échelle assez conséquente comme Copenhague, qui est une agglomération de 2 millions d’habitants, pour parler de la mobilité à vélo. Ou encore San Francisco qui a élaboré une stratégie de gestion de ses déchets innovante. Nous montrons des solutions en adéquation avec notre mode de vie. A la fin du film, les spectateurs doivent se dire qu’eux aussi pourraient faire la même chose.

DEMAIN film cyril dion

École en Finlande DR ! DEMAIN

 Si vous deviez retenir une seule des solutions mises en avant dans le film, laquelle serait-ce ?

Elles sont toutes importantes, car tout est lié. L’école en Finlande reste la plus marquante. Les élèves y semblent épanouis, profondément heureux d’être là et l’ambiance était exceptionnelle. L’éducation est le moment où se construisent des êtres humains plus ou moins responsables, libres et heureux.
Sinon, l’autre chose qui m’a marqué concerne la création monétaire. En fait, nous savons très mal comment la monnaie se créée. Le film explique bien que la façon dont l’argent est créé conditionne le fonctionnement de la société. Cela détermine les inégalités, les rapports de force entre les individus et donc la société dans laquelle nous vivons, société industrielle ou non. Proposer des monnaies complémentaires et alternatives me semble une clef importante pour l’avenir.

Et parmi les solutions que vous n’avez pas pu intégrer ?

Nous avons 140 heures de rush, le film fait à peine 2 heures. C’est un deuil permanent d’enlever des éléments que nous aimons beaucoup. Il y a avait notamment une super séquence dans un fablab à Detroit. Les jeunes y venaient après les cours pour apprendre à fabriquer et à réparer les objets. C’est une occasion pour eux d’être ensemble et d’apprendre au lieu de trainer dans la rue à faire des conneries. Nous réfléchissons pour récupérer ces séquences pour en faire 5 reportages de 52 minutes destinés à la télévision.

Un extrait du film

 

Jean Jouzel : « 2 degrés est un objectif politique »

En novembre 2014, peu après la sortie des derniers rapports du GIEC,  je m’étais entretenu avec Jean Jouzel. Aujourd’hui 2 degrés reste l’objectif de la COP, c’est pourtant déja en soi un constat qu’il est difficile de revenir en arrière.

2 degrés, ce simple chiffre est au centre de toutes les discussions actuelles sur le climat et de celles à venir lors du sommet de Paris e, 2015.  Climatologue et vice-président du groupe scientifique du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), Jean Jouzel explique l’origine de l’objectif de limitation du changement climatique à deux degrés Celsius d’augmentation des températures moyennes du globe.

Comment est né l’objectif de stabilisation du climat à 2 degrés ?

Stabiliser le climat à 2 degrés Celsius d’augmentation des température est avant tout une décision politique prise par la Convention climat des Nations-Unies (UNFCCC ou CCNUCC en français). Elle se fonde sur les travaux scientifiques du Giec qui présentent différents scénarios d’évolution du climat d’ici à la fin du siècle. L’UNFCC organise les sommets sur le climat dont celui de Paris en 2015 et tente de fixer des objectifs de stabilisation du climat et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le chiffre de 2 degrés y est évoqué depuis 2003. L’objectif a d’abord été proposé par l’Union européenne puis il a été discuté lors de la conférence de Bali en 2007 avant d’être mentionné dans l’accord de Copenhague en 2009 et adopté à Cancun en 2010. C’est donc un objectif politique au sens noble du terme.

Pourquoi avoir choisi un objectif en degré Celsius ?

C’est un symbole fort et facile à comprendre pour tout le monde tant le lien entre le climat et les températures se montre direct. C’est une mesure plus compréhensible par le public et les décideurs que les PPM (particules par millions) de gaz à effet de serre qui sont employées pour mesurer la proportion de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. De plus, scientifiquement ce seuil nous permet encore de préparer notre adaptation aux nouvelles conditions climatiques.

 

Et scientifiquement ?

Avec une telle hausse limitée des températures, on espère possible de s’adapter au réchauffement climatique. Si la hausse atteint les 4 degrés d’ici à la fin du siècle alors le réchauffement sera lourd de conséquences et tous les voyants seront au rouge. Avec 2 degrés, certes les océans feront face à une acidification accrue qui affectera la majorité des coraux et la montée du niveau des mers atteindra 40 à 50 centimètres par endroit, mais cela se fera progressivement, nous laissant du temps pour nous adapter.

Comment les scientifiques se sont justement approprié cet objectif ?

Le chiffre a fait l’aller-retour entre les politiques et les scientifiques. Le Giec évoquait déjà cet objectif dans son 4e rapport en 2007, mais c’est vraiment à partir du 5e rapport sorti en 2013 et 2014 que les chercheurs l’étudient, proposent des solutions pour parvenir à stabiliser l’effet de serre.

Enfin, où en sommes-nous de cet objectif de 2 degrés de hausse ?

Depuis le début de l’ère industrielle, les températures moyennes ont augmenté de 0,6 degré Celsius. Il nous reste donc 1,5 degré si on regarde les températures. Mais si on regarde les quantités de gaz à effet de serre émises, il nous reste de 25 à 30 années d’émissions de gaz carbonique au niveau actuel (le plus haut jamais enregistré dans l’histoire humaine). Nous avons déjà émis les 2/3 de notre capital en gaz à effet de serre pour stabiliser le climat à 2 degrés de hausse. Et ce n’est pas un objectif aisé parce que les réserves d’énergies fossiles pas encore exploitées contiennent 5 000 milliards de tonnes de CO2 ; or, pour rester sous la barre des 2 degrés, il ne faut pas en consommer et en rejeter plus que 1 000 milliards de tonnes. C’est un vrai défi que de se limiter, cela implique de changer nos modèles de développement, et c’est tout l’enjeu des négociations sur le climat.

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Une ONG envoie un bateau pour sauver les migrants à la dérive en Méditerranée

Un article fait en 2015 sur MOAS, une ONG de secours en mer alors que la crise des migrants continuait. Et au moment de la rédaction du livre HUMAN.

MOAS

Les sauveteurs de MOAS ramènent des migrants en perdition à bord de leur navire le PHOENIX durant leur campagne 2014. Photo: MOAS / Darrin Zammit Lup

Face à l’urgence des migrants en Méditerranée, une ONG familiale maltaise, MOAS (Migrant Offshore Aid Station), envoie un navire et une équipe au secours des clandestins en pleine-mer.

Dimanche 19 avril, un chalutier coule en Méditerranée tuant avec lui plus de 700 migrants. Seules 28 personnes ont pu être sauvées. Bien que des plans européens et des opérations de surveillance soient mis en place, cette situation perdure depuis des années : depuis l’an 2000, plus de 22 000 clandestins auraient perdu la vie dans cette mer, selon l’Organisation Internationale pour les migrations (OIM).

Christopher et Regina Catrambone vivent à Malte, ils ont fait fortune dans les assurances. Suite à l’afflux massif de clandestin sur les côtes de l’île italienne de Lampedusa, le couple finance en 2013 la création de ONG MOAS, dans laquelle leur jeune fille de 19 ans est bénévole. L’association s’est dotée d’un bateau de 40 mètres de long, le PHOENIX, pour secourir en mer les migrants à la dérive.

« L’Europe a réduit ses opérations de secours en mer. Ce qui n’a pas dissuade les migrants de tenter une traversée dangereuse au péril de leur vie. Cela a seulement augmenté le nombre de morts », estime Martin Xuereb, le capitaine du PHOENIX et ancien commandant en chef des forces armées maltaises. « Nous devons donc les chercher et les secourir. Sauver des vies est notre priorité. »

MOAS

Les sauveteurs de MOAS distribuent des gilets de sauvetages aux réfugies. Photo: MOAS / Darrin Zammit Lupi

En aout 2014, le navire et son équipage de 17 personnes prennent pour la première fois la mer. Au terme de 3 missions de 20 jours chacune, ils ont sauvé la vie à près de 3000 personnes. Grâce aux informations des autorités et des autres navires ainsi qu’à l’aide de leurs 2 drones (CAMCOPTER® S-10), ils repèrent les embarcations en détresse. Les sauveteurs les approchent, font monter les migrants et leur fournissent alors des vivres, de l’eau, des gilets de sauvetage et des soins médicaux.

Cette logistique a un coût important. Et l’équipe de MOAS compte sur les dons, ses créateurs n’ont pas les moyens de financer sur la durée le projet. Regina Catrambone l’évalue : « nous voulons inspirer les autres. Une mission de ce type coûte au moins 400 000 euros par mois pour fonctionner efficacement. » Le 2 mai 2015, le PHOENIX reprendra la mer pour une nouvelle campagne de secours avec à son bord du personnel de Médecins Sans Frontières.

Julien Leprovost

 

 

Morts en Méditerranée, les chiffres pour 2014 et 2015

La traversée de la Méditerranée est souvent l’étape la plus périlleuse pour les migrants venus d’Afrique et d’Orient. Depuis le début de l’an 2000, ce sont ainsi près de 22000 personnes qui ont trouvé la mort en tentant de traverser cette mer, selon l’Office international des migrations (OIM). Le détroit de Gibraltar ou encore l’île de Lampedusa et les côtes de l’Italie sont ainsi le lieu de nombreuses tragédies souvent ignorées et dont le nombre ne cesse d’augmenter. Depuis début 2015, au moins 1776 personnes ont trouvé la mort en tentant la traversée.

En 2014, au moins 207 000 personnes ont tenté de traverser cette mer, contre 70 000 en 2011. La destination de presque 9 sur dix d’entre eux est l’Italie, puis la Grèce et l’Espagne. Leur origine est majoritairement la Syrie et l’Érythrée, suivie du Mali, du Nigeria, de la Gambie, de la Palestine et de la Somalie.

Plus de 3000 d’entre eux ont péri cette année. Et cela, malgré le fait que 85 000 ont été sauvés par l’opération de la Marine italienne Mare Nostrum, plus de 35 000 par les garde-côtes italiens, et plus de 40 000 par un total de 237 navires commerciaux contactés par les autorités italiennes pour fournir une aide dans ces situations d’urgence, selon l’OIM.

Pour aller plus loin : Lire le reportage d’un journaliste italien qui détaille le macabre business des passeurs en Méditerranée

MOAS
MoaS

Le logo de l’ONG MOAS qui vient en aide aux migrants.

Fondée en 2013, l’ONG MOAS (pour Migrant Offshore Aid Station) est basée à Malte. Sa mission : porter assistance aux migrants en détresse en Méditerranée. Pour ce faire, elle dispose d’un navire de 40 mètres, de drones et d’une équipe de sauveteurs.
site : http://www.moas.eu/fr

HUMAN, le livre du film : un ‘making of’ des séquences aériennes

J’ai écrit pour le livre HUMAN, très bel objet et voici un des sujets sur le making of du film, des prises de vues aériennes.

making of HUMAN

Caravane au Pakistan © Yann Arthus-Bertrand

La sortie du film HUMAN est accompagnée de la publication du livre HUMAN édité par la Martinière et disponible depuis le 17 septembre en librairie. Il comporte des versions longues d’entretiens présents dans le film, des reportages sur le film, des photos inédites de Yann Arthus-Bertrand, des making of mais aussi de nombreux éléments pour aller plus loin : des grands reportages de journalistes internationaux, des tribunes d’experts, des cartes et infographies. Nous reproduisons ici le texte consacré au making of des tournages aériens. Un voyage époustouflant aux 4 coins du monde.

Le film HUMAN conjugue entretiens et séquences aériennes. Ces dernières, qui représentent environ un tiers de la durée du film, montrent la beauté du monde : c’est la marque de Yann Arthus-Bertrand. Elles permettent également de situer les entretiens dans un contexte plus large, celui des grandes villes, des terres agricoles, etc. Pour les réaliser, Yann n’est pas seul derrière la caméra : HUMAN est un travail d’équipe et les différents opérateurs ont effectué au total une trentaine de tournages aériens, en deux ans et demi.

« En règle générale, nous filmons depuis un hélico pour garantir notre signature artistique. Un avion ne permet pas de raconter la même histoire ni de faire des images uniques et merveilleuses », explique Yazid Tizi, responsable des tournages aériens, qui a travaillé pendant vingt ans pour le magazine télévisé Ushuaïa Nature. Mais avant de filmer, il y a un long travail de repérage, de préparation et d’obtention des autorisations de tournage. Il faut parfois traiter avec l’armée du pays, quand elle seule peut fournir les moyens aériens nécessaires.

L'équipe de tournage au Cambodge © HUMAN

L’équipe de tournage au Cambodge © HUMAN

Une fois sur place, Yazid, Bruno Cusa, chef opérateur de prises de vues aériennes, Stéphane Azouze, ingénieur vision, et Yann ont pour mission de rapporter des images. Bruno, qui a travaillé sur le Tour de France, pour le film Planète Océan et les émissions Vu du ciel durant des années, explique son rôle : « Comme cameraman aérien, je dois reproduire en images cinéma ce que Yann souhaite. Quand il voit un lieu, il a immédiatement en tête ce qu’il veut faire ressortir. J’essaie de m’adapter à son style très particulier, qui fait naître l’émotion par le graphisme et la beauté. »

Des images impressionnantes, le film n’en manque pas. Certaines se retrouvent dans ce livre. Yazid cite, pêle-mêle, la caravane de yaks au nord du Pakistan, les arbres rivières du salar d’Uyuni en Bolivie, la caravane de sel et son convoi de dromadaires en Éthiopie, les tours humaines à Barcelone, ou encore la beauté inchangée de la Mongolie.

Bruno Cusa, quant à lui, a été frappé par un plan cadré sur un trieur d’ordures à Saint-Domingue: « Nous filmons un homme de dos, très certainement un Haïtien, qui marche devant une montagne d’ordures en mouvement. Puis il s’arrête et jette un coup d’oeil vers la caméra. L’habileté du pilote de l’hélicoptère me permet de rester cadré serré sur cet homme alors que des pneus, des jouets, des déchets domestiques divers se déversent comme une vague permanente à l’arrière, dans son dos. Son bref regard vers nous est bouleversant, c’est une des images qui m’a le plus marqué au moment où je la faisais. »

Toutes les images ne peuvent malheureusement pas intégrer le film final. Bruno cite en exemple le tournage réalisé aux Philippines sur les ravages du typhon Haiyan en 2013. Malgré la désolation, les gens souriaient, gardaient espoir, se souvient Bruno. « On avait filmé un plan serré sur une petite fille. Ensuite, la caméra dézoomait et on voyait progressivement l’étendue des dégâts tout autour d’elle. Mais la scène ne se raccrochait pas au film ni à aucun témoignage. Elle a donc été coupée au montage », constate-t-il.

Car Yann, avec les monteuses, a construit son film autour de propos forts et emploie les images aériennes pour créer des respirations. Les séquences vues du ciel sont conçues à la fois comme des moments d’évasion et des métaphores. Ainsi, la beauté du monde émerveille en même temps qu’elle invite le spectateur à se confronter à la réalité exprimée dans les témoignages.

Pauvres et riches inégaux face à la pollution de l’air à Paris

Les inégalités sociales et la pollution sont un grand sujet. Une étude récente faisait le lien entre la catégorie sociale et l’exposition à la pollution.

« A Paris, le risque de mourir de la pollution de l’air est 5 fois plus élevé pour les plus pauvres par rapport au reste de la population », assène Denis Zmirou, professeur de Santé Publique. « Les habitants des quartiers les plus défavorisés encourent un risque plus important de décéder à court-terme en cas de pic de pollution, et ce d’autant plus que la pollution à long-terme est élevée là où ils résident ». Denis Zmirou est l’un des auteurs d’une étude française sur les inégalités face à la pollution de l’air à Paris, publiée dans la revue scientifique Plos One sous le titre Neighbourhood Characteristics and Long-Term Air Pollution Levels Modify the Association between the Short-Term Nitrogen Dioxide Concentrations and All-Cause Mortality in Paris. Elle conclue que les plus défavorisées vivant à Paris sont les premières victimes de la pollution de l’air.

Ainsi, selon cette étude, dans les jours suivants une augmentation de 10 μg/m3 de la concentration de dioxyde d’azote (NO2) dans l’air, les résidents des quartiers défavorisés ont 3,14 % de chances en plus de décéder, contre à peine 0,08 % de chances en plus pour les habitants des quartiers riches.

Pour obtenir ces résultats, les chercheurs de l’École des hautes études en santé publique (EHESP)  ont analysé les causes de 79107 décès survenus à Paris chez les habitants de plus de 35 ans entre 2004 et 2009. Ils ont établi une carte des concentrations de la pollution aux NO2 et une autre de la répartition de la population parisienne en fonction de son appartenance sociale.

Carte de Pairs extraite de de l'étude. Catégory 1 désigne les quartiers les plus favorisés, category 2 les quartiers intermédiares et category 3 les zones les plus défavorisées.

Carte de Pairs extraite de de l’étude. Catégory 1 désigne les quartiers les plus favorisés, category 2 les quartiers intermédiaires et category 3 les zones les plus défavorisées.

Carte extraite de l'étude montrant les concentrations de pollution au dioxyde d'azote NO2 à Paris.

Carte extraite de l’étude montrant les concentrations de pollution au dioxyde d’azote (NO2) à Paris.

« Mais, alors que les deux cartes ne se superposent pas complètement, ces résultats montrent que les sujets résidant dans les territoires défavorisés sont plus vulnérables aux épisodes, même brefs, de pollution atmosphérique. Ils indiquent surtout que, si elle est également exposée chroniquement à des niveaux élevés de dioxyde d’azote, cette population subit un risque encore plus élevé lors des pics de pollution », écrivent-ils. Des études précédentes avaient déjà montré que les plus pauvres étaient aussi souvent les plus exposés et vulnérables à la pollution en raison de leur travail, de leur lieu d’habitation (plus proche des grands axes routiers ou des usines, moins bien isolée).

Interrogé sur les solutions, le chercheur cite l’amélioration de l’habitat, du réseau de transport et la création d’espaces verts. Mais, il insiste surtout sur le rôle de la mixité sociale dans l’aménagement du territoire « pour éviter la constitution de ghettos, car les politiques de mixité sociale garantissent une politique de qualité de vie sur un territoire en ce qui concerne la pollution de l’air, le bruit, la création d’espaces verts ou encore l’habitat. ». Or, il constate que l’environnement contribue à accentuer les inégalités sociales de santé. En effet, les populations les plus défavorisées se retrouvent concentrées dans les endroits les plus pollués tandis qu’elles disposent de moins de capacité de se faire entendre ou représenter auprès des autorités.

« L’étude abonde dans notre sens, elle rappelle aussi qu’une exposition ponctuelle à la pollution nuit à la santé. Elle renforce ce qu’on sait déjà. Paris est polluée. Et en partie autour des grands axes de circulation et à cause des véhicules au diesel, qui sont responsables de 90 % des émissions de NO2. Ce sont les plus pauvres, qui vivent près du périphérique qui sont les premiers à en subir les conséquences », commente Sebastien Vray (voir notre interview Pollution de l’air, des progrès mais une situation encore  inquiétante) de l’association Respire. Il milite pour une meilleure qualité de l’air. « Des mesures, mêmes symboliques, comme interdire les véhicules les plus polluants, même s’ils sont proportionnellement pas les plus nombreux, sont des premiers pas ».

La mairie de Paris prend des mesures pour réduire la pollution de l’air, comme l’interdiction de circuler dans la capitale pour les cars et les poids-lourds de plus de 10 ans, les plus polluants et souhaiterait bannir le diesel de la ville d’ici à 2020.

– See more at: http://www.goodplanet.info/actualite/2015/09/02/pauvres-et-riches-inegaux-face-aux-deces-imputables-a-la-pollution-de-lair-a-paris/#sthash.OUEUO432.dpuf