L’Histoire, la morale, l’énergie, le travail et le climat

Des esclaves énergétiques réflexions sur le changement climatique de Jean-François Mouhot établit des parallèles très intéressants pour tenter de dégager une éthique face aux problèmes du climat et de l’énergie. Même s’il s’agit avant tout d’un essai historique le livre permet de se questionner sur certains aspects éthiques pertinents de la crise écologique.

Présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur 

En effet, en partant de l’exemple de l’abolition de l’esclavage rendue, en partie possible, grâce au développement des énergies fossiles, l’auteur questionne sur ce qui aujourd’hui est jugé inadmissible : à savoir l’esclave et ce qui est aujourd’hui encore toléré alors que demain cela sera peut être jugé irresponsable : émettre des gaz à effet de serre.

Car si l’abolition de l’esclavage répond à une certaine éthique, cette dernière ne s’avère peut être pas la vraie raison (du moins l’unique) de la fin de la traite et du travail forcé. Puisqu’il existe de fait une simultanéité de l’abolition de l’esclavage et de l’essor des énergies fossiles comme le charbon et le pétrole, la question peut se poser et fera sans doute encore débat longtemps entre les historiens. Savoir si l’énergie bon marché qui a accompagné l’indsutrialisation a pu ou non rendre obsolète l’usage des esclaves ne sera sans doute jamais vraiment tranchée.

 

Toujours est-il qu’il existe, un parallèle surprenant, dans les luttes qui se déroulent dans l’opinion publique, entre la cause abolitionniste et celle des acteurs engagés dans la lutte contre le changement climatique. Même si l’auteur opère une distinction entre les émissions de gaz à effet de serre dite de « survie », c’est-à-dire nécessaire au quotidien de tous et de ce fait inévitables, et celles de « luxe » propres aux populations riches et qui ne répondent à aucun besoin. De là, la question de l’éthique de nos pratiques se pose… mais la morale n’est pas figée et peut très rapidement évoluer et s’adapter aux transformations de la société sur le plan économique, sociale ou culturel. C’est l’éternel jeu de l’oeuf et de la poule entre moral et pratiques.

Il est intéressant de constater que l’abolition ne s’est pas réalisée en un jour et que les tactiques radicales, appelant à une cessation immédiate de l’esclavage, n’ont pas portées leurs fruits.  Que, de surcroît, le radicalisme des militants tend à effrayer et qu’il se révèle plus judicieux de jouer sur un changement progressif en douceur. Voilà les leçons que les écologistes peuvent tirer des luttes passées contre l’esclavage. Il reste donc à créer un modne à la fois plus durable et surtout acceptable pour la majorité, c’est-à-dire avec des rejets moindre de CO2 et que ces derniers répondent aux besoins du plus grand nombre (et non pas du bien –être non généralisable d’une minorité).

 

Dommage que l’ouvrage ne traite pas plus des effets économiques des transitions d’un système de production à l’autre. Ni même du colonialisme, rendu possible grâce au faible coût des énergies pour le transport et qui a contribué à délocaliser le travail forcé. Il eut aussi peut être été intéressant d’amener plus loin une  réflexion sur l’asservissement qu’entraient notre dépendance aux machines et à l’énergie ni une réflexion sur les liens entre système énergétiques et organisation sociale du travail,n en particulier sur le poids et la reconnaissance (ou non) des groupes qui fournissent à la société son énergie, après tout en quoi un ingénieur du nucléaire serait plus reconnu qu’un mineur de charbon ? alors qu’un esclave était méprisé… et que de nos jours notre société peine à porter des valeurs et des jugements sur nos actions et leurs effets sur l’environnement.

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À propos de jyelka

Rédacteur journaliste à GooodPlanet.info, également geek/gamer et amateur de virées en vélo.

Publié le 22 novembre 2011, dans Livres, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur L’Histoire, la morale, l’énergie, le travail et le climat.

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