Petite critique du Livre noir de la chasse et entretien avec Pierre Athanaze son auteur

Après vous avoir laissé l’occasion de péter la gueule aux braconniers dans le précédent billet  sur Growl, aujourd’hui j’évoquer la chasse française au travers d’une courte critique du Livre noir de la chasse et d’une interview de son auteur. Un livre noir de plus, voilà la première chose qui vient à l’esprit lorsqu’on lit le titre Livre Noir de la Chasse Massacres et Abbus de pouvoir de Pierre Athanaze, éditions Sang de Terre, (dont vous trouverez ci dessous une interview complète). Pourtant ce livre très antichasse se révèle malgré tout instructif, il pose la question de l’existence et du maintien d’un lobby des chasseurs mais assez mal construit.

Le Livre noir de la chasse dresse un état des lieux de la chasse en France, très bien illustré et documenté, il fait le tour de la question. Il présente d’abord la chasse en France, qui sont ses pratiquants (moins de 1,5 millions de personnes), un faible nombre, mais doté d’un grand pouvoir politique. Il leur permet de bénéficier d’un statut d’exception qui donne à la chasse un ensemble de privilèges dénoncés dans le livre. Ensuite, le livre enchaîne de nombreux cas concrets que ce soit par région ou par espèce ou bien des abus et violences des chasseurs. De nombreuses descriptions des modes chasse figurent dans l’ouvrage, avec des phots. Ce souci du détail et d’exhaustivité en rend par moment la lecture un peu ardue. Parfois j’ai eu l’impression qu’il fallait bien connaitre la situation pour comprendre de quoi il en retournait. Pour en avoir parlé avec Pierre Athanaze, son désir était de faire un livre exhaustif. Et il a eu du mal à en tirer un plan claire, car le livre effectue de nombreux aller retour sur certains thèmes. Il aurait sans doute pu être amputé de quelques dizaines de pages sans perdre de sa force de pamphlet antichasse. En fin, c’est peut être une déformation pro, mais l’instance et l’emphase portée sur la dénonciation nuit au propos, les faits se suffissent à eux même pas besoin d’ajouter une petite remarque pour indiquer au lecteur que penser. Malgré tout, je conseillerai ce livre, très partisan mais documenté, à ceux qui ont envie d’en savoir plus sur la chasse en France. Personne ne niera qu’il y a du travail à faire sur la chasse (les médias le rappellent assez souvent) en France, car le conflit écolo chasseur reste ouvert dans notre pays, alors qu’il n’est pas aussi fort (voire quasi-inexistant) dans d’autres pays. Car développer des alternatives à la chasse peut être possible.

L’entretien avec Pierre Athanaze

Pierre Athanaze - Photo courtoisie de l'auteur (DR)

(il s’agit de la version longue, elle a été coupé en deux sur goodplanet.info et vous pouvez lire ces deux parties – la chasse n’est pas un loisir comme les autres et La chasse est une activité cruelle )

Pourquoi ce livre noir de la chasse ?

En écrivant ce livre, avec l’éditeur nous voulions faire un point sur la réalité de la chasse en France. Sans être « ni pour, ni contre », nous voulions montrer qu’en France, la chasse constitue un loisir différent, voire à part. Que ce soit dans sa pratique ou dans son fonctionnement. En effet, le pratiquant n’a aucun moyen de choisir la fédération à laquelle il adhère, contrairement aux autres pays européens comme l’Allemagne ou l’Italie. Le chasseur français est donc contraint d’adhérer à la fédération de son département.

Une fois inscrit, le chasseur dispose de faibles marges de manœuvre dans le choix de ses représentants et de ses dirigeants. Ce n’est que depuis la loi Chasse de l’an 2000 que ces derniers sont élus et encore, la loi Chasse de 2003 est revenue sur cette décision en imposant une pondération des votes.

A la lecture de votre livre, le poids de la chasse en France semble un anachronisme, pourquoi ?

Cela provient principalement du fonctionnement des institutions qui gèrent la chasse. C’est ce qu’on essaye d’expliquer en mettant en cause un système qui donne des pouvoirs énormes aux fédérations. De fait, elles sont en situation de monopole. Les chasseurs ont des représentants et des soutiens à tous les échelons qu’ils soient administratifs ou politiques. Ils ont des élus. Il suffit de constater qu’à l’Assemblée Nationale le groupe d’étude sur la Chasse et le Territoire regroupe 160 élus de tous bords. Il s’agit du premier groupe d’étude thématique du Parlement, loin devant la pauvreté, le cancer ou le droit des animaux.

En quoi la chasse est-elle une pratique cruelle ?

 En soi, l’acte de tuer se montre cruel. Mais, il y a plusieurs façons de l’être. On peut comprendre le fait de tirer du gibier au fusil, une balle et tout est fini. À côté d’autres pratiques comme les pièges ou le déterrage, chasser au fusil s’avèrerait relativement « propre » par rapport aux autres modes de chasse qui sont pratiqué en France.

Le déterrage du blaireau consiste, à l’aide d’une meute de chiens, à aller chercher l’animal dans son terrier. Cela peut prendre des heures. D’abord, les chiens sont lâchés, l’animal angoissé se terre dans son trou tandis qu’autour la meute aboie et tente de l’attraper. L’équipage arrive alors alerté sur la position du blaireau par les chiens, puis creuse pour le déterrer. Cela dure de 2 à 8 heures. Alors un chasseur le saisit par la gueule avec une pince avant de le tuer au couteau et enfin de le balancer aux chiens qui le dévorent. Cette chasse est très en vogue, elle ne correspond pour ainsi dire à aucune tradition. Aujourd’hui on dénombre 3000 équipages, le succès de cette chasse peut s’expliquer par le fait qu’elle se pratique au-delà des dates normales de la chasse (septembre à février) grâce à des autorisations préfectorales qui prolonge cette période de chasse de la mi-mai à septembre. Celles-ci ne se justifient pas car les jeunes blaireaux ne sont pas encore sevrés et ailleurs en Europe (Grande-Bretagne et Belgique par exemple), le blaireau est une espèce protégée.

Pouvez-vous parler plus des piégeurs ? en effet, pour le grand public, la chasse est associée à l’usage du fusil plus que des pièges.

 Les piégeurs, qui se revendiquent héritiers de techniques de « chasses traditionnelles », recouvrent des réalités très variées. La cruauté de ces pratiques provient de l’absence de sélection de la proie lorsqu’un piège entre en action. Les pièges sont aveugles, ce qui signifie de nombreux dommages collatéraux dans les prises. De plus, les animaux peuvent rester longtemps à agoniser dans les pièges.

Par exemple, les gluaux sont des bâtons enduits de colle installés en hauteur sur les arbres (de 30 à 40 par arbres). Ils accrochent les oiseaux qui s’y posent par les pattes ou les ailes et les font chuter d’une demi-douzaine de mètres au sol. Ils ne peuvent plus décoller. Interdite en Europe, cette pratique perdure pourtant dans le sud de la France.

Dans le Massif Central et dans l’Aveyron, c’est la chasse à la lecque ou tendelle qui consiste à appâter l’oiseau avec de la nourriture sous une pierre plate. Cette dernière est maintenue en équilibre grâce à des bâtons. La pierre tombe sur l’oiseau pour le tuer si celui-ci touche un des bâtons qui maintient le rocher.

En Aquitaine, les alouettes sont chassées « aux pantes », c’est-à-dire grâce à des filets qui permettent de capturer des bandes d’alouettes. Elles sont attirées par une de leur congénère placée comme leurre dans une cage. 500 000 prises sont autorisées,ce qui est énorme. Mais les estimations font état d’un million voire d’1,5 millions de captures et la population des alouettes a diminué de 50 à 60% ces trente dernières années. L’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages) a alerté la Commission Européenne sur ce sujet et la France devrait être mise en demeure début 2012 là-dessus.

Pensez vous que la cruauté soit un axe mobilisateur de l’opinion contre la chasse ?

La cruauté mobilise l’opinion contre les chasseurs. L’exemple du déterrage du blaireau marque les esprits. Les chasseurs s’en sont bien rendus compte. En effet lors d’une table ronde au ministère de l’Agriculture sur la souffrance animale, ils sont intervenu pour écarter la faune sauvage des discussions. Et ils y sont parvenus ! Ils tentent de minimiser l’impact de leurs pratiques car ils savent que l’opinion y est sensible.

Après, je pense que l’opinion est  aussi sensible à la question du partage de l’espace et du temps dans la nature entre les usagers. Pour beaucoup de Français, la présence des chasseurs lors de leur randonnée suscite un sentiment d’insécurité. Il faut savoir que moins de 1,9% de la population chasse en France. Mais cette minorité semble s’accaparer la nature pour son passe-temps. Et au détriment des autres usagers, comme les promeneurs.

Comment expliquez-vous le pouvoir politique des chasseurs ? Ce poids n’est-il pas conduit à décliner ?

 Le pouvoir politique des chasseurs s’explique en partie par la surreprésentation du milieu rural au niveau politique. Il faut moins de voix aux candidats ruraux pour être élus. Ils sont vite confrontés aux chasseurs. Il y a eu 8 lois sur la Chasse depuis 1994. Toutes allaient dans le sens des chasseurs avec notamment une dérégulation des règles de sécurité en particulier la disparition des distances de tir à proximité des habitations

De plus, cela se voit aussi au niveau administratif puisque  les préfets n’hésitent pas à prendre des arrêtés illégaux, ces derniers sont souvent annulés par les tribunaux administratifs.

Ensuite, la fédération dispose d’importantes ressources économiques. Elle gagne beaucoup d’argent et dispose même de son propre cabinet de lobbyistes. Toutefois, le nombre de chasseurs a diminué de moitié en 25 ans passant de 2,4 millions d’inscrits à moins de 1,2 millions.

Qu’en est-il de la candidature de Frédéric Nihous pour CPNT en 2012 ?

Ce parti est moribond, malgré leurs élus, il n’a  pas su faire preuve de professionnalisme.On peut le considérer comme poujadiste. Trop fluctuant, il n’a pas su nouer d’alliance durable ni à gauche ni à droite. D’ailleurs, selon un récent sondage IFOP, moins de 7% des chasseurs voteront pour lui. Si on regarde en détail, un quart des chasseurs voterait FN, 22% socialistes et seulement 13% UMP. Pourtant, l’UMP a fait beaucoup en faveur des chasseurs.

 Il semble que dans d’autres pays, les chasseurs et les pêcheurs (notamment aux USA les rivières et les saumons) soient plus impliqués dans la préservation des espèces, pourquoi ce n’est pas le cas en France ?

Ailleurs en Europe, la chasse est juste perçue comme un loisir. Être chasseur et écologiste n’est pas forcément incompatible. Alors que chez nous, l’antagonisme est si fort que c’est impossible, les chasseurs n’acceptent pas les critiques ni le dialogue. Dans les autres pays, les chasseurs jouent parfois un rôle dans la préservation des espèces, ils connaissent la nature. En France, c’est loin d’être le cas, les chasseurs estiment que sans eux, sans leur intervention, la Nature n’existe pas. Surtout, ils pensent jouer un rôle dans la régulation des espèces comme les ongulés. En effet, tandis qu’ils affirment réguler la surpopulation des sangliers, les chasseurs en sont en fait les responsables. La surpopulation des sangliers s’explique par l’agrainage qui consiste à nourrir les sangliers en forêt. Cela favorise l’accroissement des populations de sangliers et engendre des dommages très importants aux cultures. La préfète de la Meuse a décidé d’interdire l’agrainage et on constate, au bout de deux années seulement, que la population de sanglier est en baisse et que les dégâts aux cultures ont diminués de 30%. Ce que les chasseurs ne sont jamais arrivés à faire.

Croyez vous qu’une chasse raisonnée soit possible ? et souhaitable ? pourquoi ?

 Il faudrait d’abord définir ce qu’est une chasse raisonnée. À moins d’être un doux utopiste, je ne crois pas qu’on puise arrêter la chasse demain. La question qui se pose concerne l’intérêt et les plaisirs que ce loisir procure. Surtout que les deux tiers des espèces chassées sont dans un état de conservation défavorable. De plus, la sécurité demeure un enjeu puisque l’heure actuelle la chasse ne respecte aucun principe du partage du temps et de l’espace naturel avec d’autres usagers. Cette année deux randonneurs ont été tués et on dénombre une trentaine d’accidents de chasse.

La chasse ne se montre pas indispensable dans la régulation des espèces, il suffit pour s’en convaincre de regarder le canton de Genève qui l’a interdite depuis 25 ans et il n’y a pas de problèmes de surpopulation des espèces. Il n’y a pas de surpopulation de chevreuils ou de chamois. Il y a quelques rares tirs de régulations qui ne concernent que les sangliers, qui arrivent, pour la plupart, de France !… Pour se convaincre du résultat, il suffit de se rendre des deux côtés de la frontière, au bord du lac Léman, les oiseaux d’eau abondent du côté helvète et se font plus rares côté français.

Est-il possible d’imaginer un compromis entre les chasseurs et les écologistes ?

Un compromis entre chasseurs et écologistes pourrait s’imaginer au niveau européen. En France, cela reste du domaine de l’impossible car le monopole des fédérations de chasse l’empêche. Ou alors, ce serait un marché de dupes. Certaines associations ont voulu tenter l’expérience et cela n’a pas marché. On l’a bien vu quand les chasseurs ont fait pression pour obtenir (et l’ont obtenue) l’annulation d’une convention entre la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) et l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage). Cela bloque et les hommes politiques manquent de courage pour s’opposer à la minorité des chasseurs. Ce sont moins de 2% de la population. Pourtant le dialogue avec eux semble impossible, ils fonctionnent au chantage. En échange d’une concession, ils demandent le maintien ou l’extension d’un de leur privilège. C’est d’autant plus dommage, que même sans être d’accord sur les espèces à chasser ou non, nous devrions au moins s’entendre sur la protection des milieux. Ce n’est pas le cas puisque les chasseurs s’opposent systématiquement à toute création de parcs nationaux ou de réserves.

Existe-t-il des alternatives à la chasse ?

Le canton de Genève prouve que la chasse ne fonctionne pas pour réguler les espèces. Le rôle de régulateur que les chasseurs veulent se donner est un fantasme. Donc qu’elle demeure avant tout un loisir. Ensuite, il convient de se demander d’où provient le plaisir de la chasse. S’il s’agit du plaisir de tuer, il sera difficile de trouver des alternatives. Cet amer constat est flagrant quand on sait que 20 millions de faisans et perdrix sont élevés justes pour êtres relâchés lors des parties de chasse en France.

Mais si c’est le plaisir de la traque, du contact avec les animaux, alors pourquoi ne pas plutôt faire des photos ? Surtout qu’avec moins de chasseurs, les bêtes seraient moins méfiantes et se laisseraient approcher plus aisément. Tout le monde pourrait voir des animaux à des distances normales

Enfin, dans un soucis de compromis, les pouvoirs publics pourraient s’inspirer des revendications de certaines associations thématiques de chasse. Je pense au club national des bécassiers. Ils travaillent uniquement sur une espèce, prodiguent des enseignements sur son comportement, sa façon de vivre, apprennent aux chasseurs à mieux connaître l’espèce, à savoir l’âge d’un individu en fonction de ses caractéristiques (et donc de savoir s’il convient ou non de le tirer). Ce volet pédagogique serait utile, plusieurs études ont montré l’incapacité d’une partie des chasseurs à identifier leur proie. Mieux éduqués, ils pourraient chasser « mieux ».  Pourtant, cette association de chasseurs, comme d’autres, n’a pas son mot à dire face à l’hégémonie des puissantes fédérations de chasse.

Comment voyez vous la chasse en France dans 30 ans ?

 Pour des raisons financières, la chasse va connaître une véritable révolution. Économiquement, le système actuel ne pourra pas survivre. La chasse devra changer. Car, si le système actuel tient encore c’est en raison du nombre d’adhérents. Mais ce dernier est en chute constante. De plus, même si les associations communales de chasse gagnent énormément d’argent grâce à la chasse aux sangliers, leurs fédérations départementales doivent faire face à l’augmentation des remboursements liés aux dégâts causés par les sangliers. Si la situation ne s’améliore pas, exposées à la hausse des coûts et à la baisse de leurs recettes, elles devront déposer le bilan, Rien n’est fait pour s’y préparer. Et il y a fort à craindre que l’Etat doive intervenir, comme c’est déjà le cas pour ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune). Son budget de fonctionnement devait totalement être payé par la redevance cynégétique, mais elle n’y suffit plus car le ministère de l’écologie lui adjoint 28 millions d’euros.

WARP-ZONE – Duck Hunt

Je me suis demandé si les univers virtuels pouvaient offrir une alternative à la chasse, comme certains amateurs de sports, de voiture ou de conflits virtuels trouvent du plaisir dans les jeux vidéo ou les simulations. Je n’ai pas la répons,e jke sais toutefois que la chasse a depuis toujours inspiré les jeux et peut même être cool. Donc qui sait peut être que dans un futur pas si lointain, on ne chassera que virtuellement. Jeux vidéo et chasse pourraient être au centre d’un long article, avec les jeux de safari (yoshi et pokemon), le succès des monster hunter ou encore tous les simulateurs de chasse qui semblent bien se vendre aux USA (les gens de Nofrag disent du bien de The Hunter, qui semble être un bon FPS où on tue des daims et des élans). Car la traque, la chasse, seul ou en coopération sont des mécanismes de gameplay qui ont fait leurs preuves. Qui n’a jamais joué à Duck Hunt ?

Souvenez-vous de ce chien et des canards que vous flinguiez avec votre zapper à la fin des 1990’s. Les canards pouvaient même être controlés au pad !

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À propos de jyelka

Rédacteur journaliste à GooodPlanet.info, également geek/gamer et amateur de virées en vélo.

Publié le 12 janvier 2012, dans Livres, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Petite critique du Livre noir de la chasse et entretien avec Pierre Athanaze son auteur.

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