Archives Mensuelles: février 2015

Le bruit est un problème de santé publique

Une source de pollution mal connue et négligée : le bruit. Fléau de la vie urbaine moderne. Interview avec Bruiparfi.

bruit

Vue de l’arc de Triomphe et Grande Arche de La Défense, Hauts-de-Seine, France (48°54’N – 2°14’E). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Alors que l’OMS a calculé que le bruit gâchait chaque année 800 000 années de vie en Europe, Bruitparif, organisme chargé de mesurer l’exposition au bruit des habitants de Paris et de l’Ile-de-France, vient de fêter ses 10 ans d’existence. L’association dispose de 45 stations fixes de mesure du bruit et d’un véhicule laboratoire mobile pour toute la région parisienne. Elle aide les collectivités à élaborer les cartes du bruit qui doivent être établies au niveau des agglomérations tous les 5 ans conformément à une directive européenne de 2002. Fanny Mietlicki, sa directrice, dresse un bilan des actions de Bruitparif et un état des lieux des nuisances sonores dans la région.

Fanny Mietlicki, la Directrice de Bruifparif

Fanny Mietlicki, la Directrice de Bruifparif

Quel bilan tirez-vous des 10 ans de Bruitparif ?

Après 10 ans d’observation et de mesure du bruit, nous avons fait des progrès dans cette thématique. Nous répondons à une demande des habitants et des élus en fournissant des données objectives sur le bruit notamment grâce à l’exploitation des mesures que nous réalisons et aux cartes du bruit. Auparavant, les études sur le bruit n’étaient pas communiquées aux riverains. Elles servent dans l’élaboration des plans anti-bruit. Mais il reste encore à faire. En effet, 3 Franciliens sur 4 se disent gênés par le bruit et 1 sur 4 se dit gêné en permanence. Beaucoup de gens quittent la région à cause des nuisances sonores, du bruit des transports et d’un environnement très dérangeant pour leur santé.

A quel niveau de décibels un bruit devient-il gênant ?

La gêne ressentie face à un bruit dépend des personnes. Le risque auditif tourne autour de 80-85 décibels. Mais la gêne ou les impacts sanitaires extra-auditifs du bruit (troubles du sommeil, risques cardio-vasculaires, stress…) peuvent se manifester, selon l’OMS, à partir de 55 décibels la journée et 40 décibels la nuit. Les niveaux de bruit peuvent varier rapidement et fortement au cours du temps. Aussi, travailler uniquement avec des moyennes de bruit (indicateurs qui sont généralement utilisés dans la réglementation) ne permet pas toujours de bien rendre compte des phénomènes. Qui plus est, les décibels restent une mesure sur laquelle il est difficile de communiquer. Cette unité n’est pas facile à appréhender, car l’augmentation des décibels n’est pas arithmétique. Par exemple, modifier le revêtement d’une route pour passer de 70 décibels à 66 décibels, ça semble peu, or c’est une division par plus de 2 de l’énergie sonore. C’est pourquoi nous avons élaboré un nouvel indice de bruit plus simple et plus grand public, l’indice Harmonica. Cet indice a été expérimenté sur le territoire de l’Ile-de-France et sur le Grand Lyon. Il est en train d’être testé par d’autres villes européennes.

Justement, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a calculé que 800 000 années de vie étaient gâchées en Europe à cause du bruit, qu’en est-il en Ile-de-France ?

En collaboration avec le Docteur Rokho Kim de l’OMS et l’Observatoire Régional de la Santé d’Ile-de-France, nous avons évalué l’impact sanitaire de l’exposition au bruit des transports en Ile-de-France. Ainsi, 66 000 années de vie seraient gâchées, chaque année, par le bruit au sein de l’agglomération parisienne. Ce résultat s’obtient à partir des données fournies par les études épidémiologiques sur les impacts sanitaires des nuisances sonores croisées avec les cartes d’exposition au bruit. Nous avons ainsi évalué le nombre de personnes exposées aux risques sonores. Le bruit dans l’environnement produit 4 impacts sanitaires dits extra-auditifs : la gêne, les troubles du sommeil, les risques cardiovasculaires et les difficultés d’apprentissage.

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