Le bruit est un problème de santé publique

Une source de pollution mal connue et négligée : le bruit. Fléau de la vie urbaine moderne. Interview avec Bruiparfi.

bruit

Vue de l’arc de Triomphe et Grande Arche de La Défense, Hauts-de-Seine, France (48°54’N – 2°14’E). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Alors que l’OMS a calculé que le bruit gâchait chaque année 800 000 années de vie en Europe, Bruitparif, organisme chargé de mesurer l’exposition au bruit des habitants de Paris et de l’Ile-de-France, vient de fêter ses 10 ans d’existence. L’association dispose de 45 stations fixes de mesure du bruit et d’un véhicule laboratoire mobile pour toute la région parisienne. Elle aide les collectivités à élaborer les cartes du bruit qui doivent être établies au niveau des agglomérations tous les 5 ans conformément à une directive européenne de 2002. Fanny Mietlicki, sa directrice, dresse un bilan des actions de Bruitparif et un état des lieux des nuisances sonores dans la région.

Fanny Mietlicki, la Directrice de Bruifparif

Fanny Mietlicki, la Directrice de Bruifparif

Quel bilan tirez-vous des 10 ans de Bruitparif ?

Après 10 ans d’observation et de mesure du bruit, nous avons fait des progrès dans cette thématique. Nous répondons à une demande des habitants et des élus en fournissant des données objectives sur le bruit notamment grâce à l’exploitation des mesures que nous réalisons et aux cartes du bruit. Auparavant, les études sur le bruit n’étaient pas communiquées aux riverains. Elles servent dans l’élaboration des plans anti-bruit. Mais il reste encore à faire. En effet, 3 Franciliens sur 4 se disent gênés par le bruit et 1 sur 4 se dit gêné en permanence. Beaucoup de gens quittent la région à cause des nuisances sonores, du bruit des transports et d’un environnement très dérangeant pour leur santé.

A quel niveau de décibels un bruit devient-il gênant ?

La gêne ressentie face à un bruit dépend des personnes. Le risque auditif tourne autour de 80-85 décibels. Mais la gêne ou les impacts sanitaires extra-auditifs du bruit (troubles du sommeil, risques cardio-vasculaires, stress…) peuvent se manifester, selon l’OMS, à partir de 55 décibels la journée et 40 décibels la nuit. Les niveaux de bruit peuvent varier rapidement et fortement au cours du temps. Aussi, travailler uniquement avec des moyennes de bruit (indicateurs qui sont généralement utilisés dans la réglementation) ne permet pas toujours de bien rendre compte des phénomènes. Qui plus est, les décibels restent une mesure sur laquelle il est difficile de communiquer. Cette unité n’est pas facile à appréhender, car l’augmentation des décibels n’est pas arithmétique. Par exemple, modifier le revêtement d’une route pour passer de 70 décibels à 66 décibels, ça semble peu, or c’est une division par plus de 2 de l’énergie sonore. C’est pourquoi nous avons élaboré un nouvel indice de bruit plus simple et plus grand public, l’indice Harmonica. Cet indice a été expérimenté sur le territoire de l’Ile-de-France et sur le Grand Lyon. Il est en train d’être testé par d’autres villes européennes.

Justement, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a calculé que 800 000 années de vie étaient gâchées en Europe à cause du bruit, qu’en est-il en Ile-de-France ?

En collaboration avec le Docteur Rokho Kim de l’OMS et l’Observatoire Régional de la Santé d’Ile-de-France, nous avons évalué l’impact sanitaire de l’exposition au bruit des transports en Ile-de-France. Ainsi, 66 000 années de vie seraient gâchées, chaque année, par le bruit au sein de l’agglomération parisienne. Ce résultat s’obtient à partir des données fournies par les études épidémiologiques sur les impacts sanitaires des nuisances sonores croisées avec les cartes d’exposition au bruit. Nous avons ainsi évalué le nombre de personnes exposées aux risques sonores. Le bruit dans l’environnement produit 4 impacts sanitaires dits extra-auditifs : la gêne, les troubles du sommeil, les risques cardiovasculaires et les difficultés d’apprentissage.

Quels sont les bruits les plus gênants pour les Franciliens ?

Le bruit est en grande partie lié à la densité urbaine. En premier lieu, nous trouvons les bruits des transports. En Ile de France, nous avons 40 000 km de routes et 1 800 km de voies ferrées. Le trafic, les véhicules et les comportements inciviques constituent ainsi la première source de désagrément. Viennent ensuite les bruits de voisinage, qui sont plus difficiles à appréhender car très variés. Cela va du bruit des talons sur le plancher au volume trop fort de la télévision en passant par les bruits d’activités commerciales et économiques comme ceux d’un carrossier ou d’un établissement festif. Chaque cas est unique. Ces bruits-là sont plus difficiles à appréhender et pour résoudre les tensions, il faut d’abord faire en sorte que les gens concernés se parlent avant d’entamer des démarches administratives ou de déposer des plaintes. Enfin, en Ile-de-France, la troisième source de nuisances sonores concerne le trafic aérien. La région compte en effet 2 aéroports internationaux, un aéroport d’affaire, un héliport et 25 aérodromes.

Quels ont été vos succès ?

Nous sommes fiers des actions menées par la ville de Paris sur le périphérique. En 2009, nous préconisions la mise en place de revêtements acoustiques et de limiter la vitesse de nuit. Un compromis limitant la vitesse à 70 km/h a été trouvé. Nous avons dû faire face à de nombreuses réticences sur les revêtements acoustiques. Ils ont pourtant fait leurs preuves : la première section de revêtement posé a entrainé des gains significatifs pour les riverains avec une diminution de 4 décibels. Nous avons aussi installé une station de mesure dans une zone survolée par les avions. Elle a démontré l’existence de nuisances sur un secteur jusqu’alors ignoré des plans de gêne sonore (PGS). Cette reconnaissance a permis aux habitants de bénéficier d’aides à l’isolation phonique alors qu’ils n’y avaient jusqu’alors pas le droit.

A qui doit s’adresser une personne qui se sent victime de nuisances sonores au quotidien ?

A Bruifparif, notre mission porte sur l’observation des bruits. En cas de problèmes, il n’est pas simple de s’y retrouver pour entreprendre des démarches. Le premier réflexe est d’aller voir son maire car il doit assurer la médiation en cas de problèmes de bruit de voisinage. Mais pour les transports, ce n’est pas le bon interlocuteur. Il faut contacter le gestionnaire de l’infrastructure, par exemple les services de l’Etat pour les routes nationales, le Conseil général pour une route départementale, RFF, la RATP ou la SNCF pour les problèmes de bruit ferroviaire, la direction générale de l’aviation civile pour le bruit du trafic aérien. Pour se renseigner, il existe, au niveau national, le Centre d’Information et de Documentation sur le Bruit ou CIDB qui permet d’avoir accès à toutes les informations sur la réglementation sur le bruit. C’est un bon outil pour les riverains. Il s’agit d’une structure d’appui et de conseil pour les démarches.

Et que faire pour se prémunir des nuisances sonores ?

Pour commencer, il ne faut pas oublier que chacun est à la fois émetteur et récepteur de bruit. Agir soi-même pour limiter et réduire ses nuisances est une première étape. Ensuite, il existe des outils de limitation de propagation des sons. Chez soi, il est possible d’effectuer des travaux d’insonorisation, qui peuvent aller de pair avec l’isolation thermique. L’exemple le plus connu reste les doubles vitrages. Mais il faut faire attention, isolation thermique ne rime pas toujours avec isolation phonique. Ainsi, il faut éviter que les verres soient de la même épaisseur et que la lame d’air soit trop mince afin qu’ils disposent bien de propriétés d’atténuation du bruit.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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À propos de jyelka

Rédacteur journaliste à GooodPlanet.info, également geek/gamer et amateur de virées en vélo.

Publié le 27 février 2015, dans Articles publiés. Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Le bruit est un problème de santé publique.

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