Archives Mensuelles: mai 2015

« Wall Street fait main basse sur les fermes américaines »

Un entretien sur le land grabbing aux USA avec le poids du secteur agroalimentaire qui accapare de vastes espaces.

land grabbing aux USA

Agriculture près de Pullman, État de Washington, Etats-Unis (46°42’ N – 117°12’ O). © Yann Arthus-Bertrand/Altitude

Le Land Grabbing, ou accaparement des terres, ne concerne pas seulement les pays en développement : ce phénomène s’étend désormais aux Etats-Unis. La spéculation boursière serait ainsi responsable de la hausse des prix des terres agricoles aux Etats-Unis et empêcherait de nombreux jeunes agriculteurs de s’installer. C’est en tout cas ce qu’affirme l’Oakland Institute, un think tank américain progressiste, qui soupçonne Wall Street de vouloir faire main basse sur les terres. Entretien avec Lukas Ross, auteur du rapport « Down on the farm Wall Street : new America’s farmer » (« Main basse sur la ferme, Wall Street le nouveau fermier de l’Amérique »).

wall street fermes

Lukas Ross

En quoi la situation de l’agriculture américaine ressemble-t-elle désormais à celle des pays en développement ?

Une grande partie du travail de l’Oakland Institute dans le monde en développement a trait à des opérations foncières baptisées accaparement de terres (en anglais land grabbing) : ces terres sont vendues à l’insu des populations qui y vivent et y travaillent mais qui en sont expulsées par la violence. Aux États-Unis, les conditions ne sont pas aussi extrêmes, mais les investissements fonciers obéissent résolument au même schéma politico-économique. Les investisseurs sont motivés par les changements démographiques à l’échelle planétaire et par la perspective de raréfaction des terres au niveau mondial, ils privilégient les approvisionnements à grande échelle en produits de base au détriment des filières alimentaires locales et régionales et ils s’appuient sur des gérants d’exploitation embauchés par des investisseurs absents plutôt que sur des acteurs locaux.

Lire la suite

Publicités

Les prix Goldman 2015

Les lauréats du Goldman Prize viennent d’être annoncés. Chaque année, ce prix, considéré comme le « prix Nobel » de l’écologie, récompense des militants écologistes de tous les continents pour leurs actions de terrain.  Les lauréats 2015 comptent  3  femmes et 3 hommes.  Leurs actions sont exemplaires. [Pour en savoir plus sur le prix Goldman, lire notre interview à ce sujet]  L’édition 2015 fait la part belle à la lutte contre la construction de barrage et la création d’aires marines protégées. Elle met aussi en valeur le combat d’une Kényane contre une usine toxique et la mobilisation des Indiens du Canada contre une mine de cuivre sur leurs terres.

L’article d’origine

Voici le portrait des 6 héros de l’écologie primés cette année :

Phyllis Omido à côté d'un bassin de rejet nettoyé des eaux de la fonderie de plomb. Photo : Goldman Environment Prize

Phyllis Omido à côté d’un bassin de rejet nettoyé des eaux de la fonderie de plomb. Photo : Goldman Environment Prize

Phyllis Omido contre la pollution à Mombasa au Kenya

Jeune maman, Phyllis Omido se rend compte que son bébé est malade. Il n’est pas seul. Elle découvre alors que d’autres personnes sont empoissonnées à cause des rejets d’une fonderie de plomb. Ce métal est employé dans la fabrication de batteries qui accompagne l’essor de l’industrie des panneaux solaires au Kenya. L’usine est à proximité immédiate des habitations d’un quartier pauvre. Elle devient la médiatrice entre la communauté et l’usine. Elle produit un rapport qui démontre la nature toxique de la pollution et préconise de délocaliser la fabrique. Soumise à des pressions, malade et devant faire face à plus de 2000 dollars de frais médicaux, elle est arrêtée par la police lors d’une manifestation et a été agressée par des inconnus. Elle n’abandonne ps son combat. Finalement, après des mois de lutte, l’usine est fermée par les autorités début 2014.

Howard Wood crée une aire marine protégée en Écosse

Howard Wood sur l'île d'Arra en Ecosse. Photo : Goldman Environment Prize

Howard Wood sur l’île d’Arra en Ecosse. Photo : Goldman Environment Prize

 

Résidant sur l’île d’Arra en Ecosse, Howard Wood aime plonger. Il a constaté la destruction des fonds marins par l’industrie de la pêche. En 1995, il fonde son ONG Community of Arran Seabed Trust (COAST). Il demande la création d’une zone interdite à la pêche. En 2008, la Parlement écossais accepte et établit donc la première zone interdite à la pêche au large des côtes de l’Ecosse. En 2014, le gouvernement l’étend et la transforme en Aire Marine Protégée (AMP).

Berta Cacere conduit la mobilisation des Lencas face au projet de barrage au Honduras.  Photo : Goldman Environment Prize

Berta Cacere conduit la mobilisation des Lencas face au projet de barrage au Honduras. Photo : Goldman Environment Prize

  Berta Cáceres lutte contre la construction d’un grand barrage au Honduras

Un projet de grand barrage menace d’expulsion une partie des peuples indigènes du Honduras. Le pays n’arrive pas à sortir de la spirale de la violence et a concédé un tiers de ses terres aux compagnies minières. Elles veulent aussi ériger un barrage afin de disposer de l’énergie nécessaire à l’extraction. Berta Cáceres du peuple des Lencas a fédéré les communautés indigènes opposées à ce projet. Ils bloquent pacifiquement les routes pour empêcher le matériel de construction d’arriver sur le chantier. Lors d’une manifestation, Tomas Garcia, l’un des leaders de l’opposition au barrage est abattu. Bien qu’aussi menacée de mort, elle conduit de nombreuses actions non-violentes. En 2013, le projet est suspendu, la Banque mondiale a retiré ses fonds.

Jean Weiner et l'équipe de FoProBIM découvrent un chantier clandestin de fabrication de charbon de bois. Photo : Goldman Environment Prize

Jean Weiner et l’équipe de FoProBIM découvrent un chantier clandestin de fabrication de charbon de bois. Photo : Goldman Environment Prize

 Jean Wiener fonde une aire marine protégée pour aider les pêcheurs Haïtiens

Biologiste marin né en Haïti, Jean Wiener rêve de retrouver une partie de la biodiversité marine perdue du pays. Mais la pauvreté conduit les habitants à surexploiter les ressources de la mer, la mangrove et le corail. La surpêche menace tandis que l’exploitation du bois de mangrove pour le transformer en charbon de bois fait disparaitre les forêts côtières. Il fonde en 1992 la FoProBiM (Foundation for the Protection of Marine Biodiversity). Il décide ensuite de créer une Aire Marine Protégée tout en associant les communautés locales. Il fait parciper les villageois à ses recherches, les incite à préserver les mangroves en leur montrant comment ces dernières aident les populations de poissons à se renouveler. De plus, la mangrove peut leur fournir du miel. En juillet 2013, le gouvernement haïtien accorde le statut d’AMP à la petite île où le projet est installée, la première du pays.

Une exposition de Myint Zaw en Birmanie. Photo : Goldman Environment Prize

Une exposition de Myint Zaw en Birmanie. Photo : Goldman Environment Prize

 Myint Zaw déjoue la censure pour contester un projet de barrage en Birmanie

Journaliste, Myint Zaw a su contourner la censure pour mobiliser l’opinion birmane contre la création d’un barrage. La majeure partie de l’électricité produite devait être vendue en Chine alors que le pays manque de courant. Myint Zaw lance donc une série d’expositions artistiques. Il écrit des poèmes, compose des chansons sur la rivière à protéger afin de sensibiliser l’opinion. Il diffuse clandestinement des DVD. Le destin du barrage sera décidé par le futur président du pays qui sera élu en 2015.

Marilyn Baptiste empêche un projet de mine au Canada

Marilyn Baptiste au Little Fish Lake Photo : Goldman Environment Prize

Marilyn Baptiste au Little Fish Lake Photo : Goldman Environment Prize

Une entreprise canadienne voulait exploiter l’or et le cuivre en Colombie Britannique autour du Little Fish Lake. Or, ce site est sacré pour les Indiens. Marilyn Baptiste au Little Fish Lake a rassemblé les peuples indiens qui ont agit en justice afin de faire interdire la mine.

Pour revoir la liste des primés de 2014.