Archives Mensuelles: septembre 2015

HUMAN, le livre du film : un ‘making of’ des séquences aériennes

J’ai écrit pour le livre HUMAN, très bel objet et voici un des sujets sur le making of du film, des prises de vues aériennes.

making of HUMAN

Caravane au Pakistan © Yann Arthus-Bertrand

La sortie du film HUMAN est accompagnée de la publication du livre HUMAN édité par la Martinière et disponible depuis le 17 septembre en librairie. Il comporte des versions longues d’entretiens présents dans le film, des reportages sur le film, des photos inédites de Yann Arthus-Bertrand, des making of mais aussi de nombreux éléments pour aller plus loin : des grands reportages de journalistes internationaux, des tribunes d’experts, des cartes et infographies. Nous reproduisons ici le texte consacré au making of des tournages aériens. Un voyage époustouflant aux 4 coins du monde.

Le film HUMAN conjugue entretiens et séquences aériennes. Ces dernières, qui représentent environ un tiers de la durée du film, montrent la beauté du monde : c’est la marque de Yann Arthus-Bertrand. Elles permettent également de situer les entretiens dans un contexte plus large, celui des grandes villes, des terres agricoles, etc. Pour les réaliser, Yann n’est pas seul derrière la caméra : HUMAN est un travail d’équipe et les différents opérateurs ont effectué au total une trentaine de tournages aériens, en deux ans et demi.

« En règle générale, nous filmons depuis un hélico pour garantir notre signature artistique. Un avion ne permet pas de raconter la même histoire ni de faire des images uniques et merveilleuses », explique Yazid Tizi, responsable des tournages aériens, qui a travaillé pendant vingt ans pour le magazine télévisé Ushuaïa Nature. Mais avant de filmer, il y a un long travail de repérage, de préparation et d’obtention des autorisations de tournage. Il faut parfois traiter avec l’armée du pays, quand elle seule peut fournir les moyens aériens nécessaires.

L'équipe de tournage au Cambodge © HUMAN

L’équipe de tournage au Cambodge © HUMAN

Une fois sur place, Yazid, Bruno Cusa, chef opérateur de prises de vues aériennes, Stéphane Azouze, ingénieur vision, et Yann ont pour mission de rapporter des images. Bruno, qui a travaillé sur le Tour de France, pour le film Planète Océan et les émissions Vu du ciel durant des années, explique son rôle : « Comme cameraman aérien, je dois reproduire en images cinéma ce que Yann souhaite. Quand il voit un lieu, il a immédiatement en tête ce qu’il veut faire ressortir. J’essaie de m’adapter à son style très particulier, qui fait naître l’émotion par le graphisme et la beauté. »

Des images impressionnantes, le film n’en manque pas. Certaines se retrouvent dans ce livre. Yazid cite, pêle-mêle, la caravane de yaks au nord du Pakistan, les arbres rivières du salar d’Uyuni en Bolivie, la caravane de sel et son convoi de dromadaires en Éthiopie, les tours humaines à Barcelone, ou encore la beauté inchangée de la Mongolie.

Bruno Cusa, quant à lui, a été frappé par un plan cadré sur un trieur d’ordures à Saint-Domingue: « Nous filmons un homme de dos, très certainement un Haïtien, qui marche devant une montagne d’ordures en mouvement. Puis il s’arrête et jette un coup d’oeil vers la caméra. L’habileté du pilote de l’hélicoptère me permet de rester cadré serré sur cet homme alors que des pneus, des jouets, des déchets domestiques divers se déversent comme une vague permanente à l’arrière, dans son dos. Son bref regard vers nous est bouleversant, c’est une des images qui m’a le plus marqué au moment où je la faisais. »

Toutes les images ne peuvent malheureusement pas intégrer le film final. Bruno cite en exemple le tournage réalisé aux Philippines sur les ravages du typhon Haiyan en 2013. Malgré la désolation, les gens souriaient, gardaient espoir, se souvient Bruno. « On avait filmé un plan serré sur une petite fille. Ensuite, la caméra dézoomait et on voyait progressivement l’étendue des dégâts tout autour d’elle. Mais la scène ne se raccrochait pas au film ni à aucun témoignage. Elle a donc été coupée au montage », constate-t-il.

Car Yann, avec les monteuses, a construit son film autour de propos forts et emploie les images aériennes pour créer des respirations. Les séquences vues du ciel sont conçues à la fois comme des moments d’évasion et des métaphores. Ainsi, la beauté du monde émerveille en même temps qu’elle invite le spectateur à se confronter à la réalité exprimée dans les témoignages.

Pauvres et riches inégaux face à la pollution de l’air à Paris

Les inégalités sociales et la pollution sont un grand sujet. Une étude récente faisait le lien entre la catégorie sociale et l’exposition à la pollution.

« A Paris, le risque de mourir de la pollution de l’air est 5 fois plus élevé pour les plus pauvres par rapport au reste de la population », assène Denis Zmirou, professeur de Santé Publique. « Les habitants des quartiers les plus défavorisés encourent un risque plus important de décéder à court-terme en cas de pic de pollution, et ce d’autant plus que la pollution à long-terme est élevée là où ils résident ». Denis Zmirou est l’un des auteurs d’une étude française sur les inégalités face à la pollution de l’air à Paris, publiée dans la revue scientifique Plos One sous le titre Neighbourhood Characteristics and Long-Term Air Pollution Levels Modify the Association between the Short-Term Nitrogen Dioxide Concentrations and All-Cause Mortality in Paris. Elle conclue que les plus défavorisées vivant à Paris sont les premières victimes de la pollution de l’air.

Ainsi, selon cette étude, dans les jours suivants une augmentation de 10 μg/m3 de la concentration de dioxyde d’azote (NO2) dans l’air, les résidents des quartiers défavorisés ont 3,14 % de chances en plus de décéder, contre à peine 0,08 % de chances en plus pour les habitants des quartiers riches.

Pour obtenir ces résultats, les chercheurs de l’École des hautes études en santé publique (EHESP)  ont analysé les causes de 79107 décès survenus à Paris chez les habitants de plus de 35 ans entre 2004 et 2009. Ils ont établi une carte des concentrations de la pollution aux NO2 et une autre de la répartition de la population parisienne en fonction de son appartenance sociale.

Carte de Pairs extraite de de l'étude. Catégory 1 désigne les quartiers les plus favorisés, category 2 les quartiers intermédiares et category 3 les zones les plus défavorisées.

Carte de Pairs extraite de de l’étude. Catégory 1 désigne les quartiers les plus favorisés, category 2 les quartiers intermédiaires et category 3 les zones les plus défavorisées.

Carte extraite de l'étude montrant les concentrations de pollution au dioxyde d'azote NO2 à Paris.

Carte extraite de l’étude montrant les concentrations de pollution au dioxyde d’azote (NO2) à Paris.

« Mais, alors que les deux cartes ne se superposent pas complètement, ces résultats montrent que les sujets résidant dans les territoires défavorisés sont plus vulnérables aux épisodes, même brefs, de pollution atmosphérique. Ils indiquent surtout que, si elle est également exposée chroniquement à des niveaux élevés de dioxyde d’azote, cette population subit un risque encore plus élevé lors des pics de pollution », écrivent-ils. Des études précédentes avaient déjà montré que les plus pauvres étaient aussi souvent les plus exposés et vulnérables à la pollution en raison de leur travail, de leur lieu d’habitation (plus proche des grands axes routiers ou des usines, moins bien isolée).

Interrogé sur les solutions, le chercheur cite l’amélioration de l’habitat, du réseau de transport et la création d’espaces verts. Mais, il insiste surtout sur le rôle de la mixité sociale dans l’aménagement du territoire « pour éviter la constitution de ghettos, car les politiques de mixité sociale garantissent une politique de qualité de vie sur un territoire en ce qui concerne la pollution de l’air, le bruit, la création d’espaces verts ou encore l’habitat. ». Or, il constate que l’environnement contribue à accentuer les inégalités sociales de santé. En effet, les populations les plus défavorisées se retrouvent concentrées dans les endroits les plus pollués tandis qu’elles disposent de moins de capacité de se faire entendre ou représenter auprès des autorités.

« L’étude abonde dans notre sens, elle rappelle aussi qu’une exposition ponctuelle à la pollution nuit à la santé. Elle renforce ce qu’on sait déjà. Paris est polluée. Et en partie autour des grands axes de circulation et à cause des véhicules au diesel, qui sont responsables de 90 % des émissions de NO2. Ce sont les plus pauvres, qui vivent près du périphérique qui sont les premiers à en subir les conséquences », commente Sebastien Vray (voir notre interview Pollution de l’air, des progrès mais une situation encore  inquiétante) de l’association Respire. Il milite pour une meilleure qualité de l’air. « Des mesures, mêmes symboliques, comme interdire les véhicules les plus polluants, même s’ils sont proportionnellement pas les plus nombreux, sont des premiers pas ».

La mairie de Paris prend des mesures pour réduire la pollution de l’air, comme l’interdiction de circuler dans la capitale pour les cars et les poids-lourds de plus de 10 ans, les plus polluants et souhaiterait bannir le diesel de la ville d’ici à 2020.

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