Archives Mensuelles: novembre 2015

Les freins au développement des énergies renouvelables en France

A quelques semaines de la COP21, alors que la loi sur la transition énergétique vient d’être votée et qu’EDF réaffirme son intention de compter sur la filière nucléaire en misant sur l’EPR, qu’est ce qui freine encore le développement des énergies renouvelables en France ? Damien Mathon, délégué général du SER (Syndicat des Energies Renouvelables) répond à nos questions.

Une interview sur la place des ENR en France

Où en est la France en matière d’énergies renouvelables ?

Aujourd’hui, la France est à 15 % d’énergie renouvelable dans sa consommation finale d’énergie, contre 9 % en 2005. Pour 2020, l’objectif est de 23 %. La loi de transition énergétique prévoit un objectif de 32 % pour 2030. Il s’agit du solaire, de l’éolien, de l’hydroélectrique, des agrocarburants et aussi de la biomasse. Ils produisent de l’électricité ou de la chaleur.

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Lydia Bourguignon, au chevet de la terre et des sols

Depuis plus de 40 ans, Lydia et Claude Bourguignon étudient les sols. Il y a 25 ans, ils ont quitté l’INRA pour lancer le Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols, une entreprise qui emploie 5 salariés et qui conseille les agriculteurs, partout dans le monde, sur la manière de prendre soin de leur sol. Lydia Bourguignon nous explique leur démarche, et pourquoi les sols, longtemps négligés, sont si importants.

Entretien avec Lydia Bourguignon

D’abord, pouvez-vous expliquer ce que vous faites au LAMS (Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols) ?

Nous allons chez le vigneron ou l’agriculteur, pour effectuer un diagnostic sur l’état du sol. Sur place, nous faisons des prélèvements. Nous observons comment vont les racines, si le sol sent bon. Ensuite, nous analysons, dans notre laboratoire, des échantillons de terre pour examiner ce qu’elle contient. Nous mesurons sa richesse en éléments comme le calcium et le phosphore. Nous regardons aussi si le sol est vivant, s’il y a présence de faune, comme des insectes ou des vers de terre. A partir de ces éléments, nous élaborons un dossier conseil pour indiquer à la personne qui nous a sollicités comment mieux gérer son sol en utilisant moins de produits de traitements et moins de fertilisants.

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Jean Jouzel : « 2 degrés est un objectif politique »

En novembre 2014, peu après la sortie des derniers rapports du GIEC,  je m’étais entretenu avec Jean Jouzel. Aujourd’hui 2 degrés reste l’objectif de la COP, c’est pourtant déja en soi un constat qu’il est difficile de revenir en arrière.

2 degrés, ce simple chiffre est au centre de toutes les discussions actuelles sur le climat et de celles à venir lors du sommet de Paris e, 2015.  Climatologue et vice-président du groupe scientifique du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), Jean Jouzel explique l’origine de l’objectif de limitation du changement climatique à deux degrés Celsius d’augmentation des températures moyennes du globe.

Comment est né l’objectif de stabilisation du climat à 2 degrés ?

Stabiliser le climat à 2 degrés Celsius d’augmentation des température est avant tout une décision politique prise par la Convention climat des Nations-Unies (UNFCCC ou CCNUCC en français). Elle se fonde sur les travaux scientifiques du Giec qui présentent différents scénarios d’évolution du climat d’ici à la fin du siècle. L’UNFCC organise les sommets sur le climat dont celui de Paris en 2015 et tente de fixer des objectifs de stabilisation du climat et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le chiffre de 2 degrés y est évoqué depuis 2003. L’objectif a d’abord été proposé par l’Union européenne puis il a été discuté lors de la conférence de Bali en 2007 avant d’être mentionné dans l’accord de Copenhague en 2009 et adopté à Cancun en 2010. C’est donc un objectif politique au sens noble du terme.

Pourquoi avoir choisi un objectif en degré Celsius ?

C’est un symbole fort et facile à comprendre pour tout le monde tant le lien entre le climat et les températures se montre direct. C’est une mesure plus compréhensible par le public et les décideurs que les PPM (particules par millions) de gaz à effet de serre qui sont employées pour mesurer la proportion de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. De plus, scientifiquement ce seuil nous permet encore de préparer notre adaptation aux nouvelles conditions climatiques.

 

Et scientifiquement ?

Avec une telle hausse limitée des températures, on espère possible de s’adapter au réchauffement climatique. Si la hausse atteint les 4 degrés d’ici à la fin du siècle alors le réchauffement sera lourd de conséquences et tous les voyants seront au rouge. Avec 2 degrés, certes les océans feront face à une acidification accrue qui affectera la majorité des coraux et la montée du niveau des mers atteindra 40 à 50 centimètres par endroit, mais cela se fera progressivement, nous laissant du temps pour nous adapter.

Comment les scientifiques se sont justement approprié cet objectif ?

Le chiffre a fait l’aller-retour entre les politiques et les scientifiques. Le Giec évoquait déjà cet objectif dans son 4e rapport en 2007, mais c’est vraiment à partir du 5e rapport sorti en 2013 et 2014 que les chercheurs l’étudient, proposent des solutions pour parvenir à stabiliser l’effet de serre.

Enfin, où en sommes-nous de cet objectif de 2 degrés de hausse ?

Depuis le début de l’ère industrielle, les températures moyennes ont augmenté de 0,6 degré Celsius. Il nous reste donc 1,5 degré si on regarde les températures. Mais si on regarde les quantités de gaz à effet de serre émises, il nous reste de 25 à 30 années d’émissions de gaz carbonique au niveau actuel (le plus haut jamais enregistré dans l’histoire humaine). Nous avons déjà émis les 2/3 de notre capital en gaz à effet de serre pour stabiliser le climat à 2 degrés de hausse. Et ce n’est pas un objectif aisé parce que les réserves d’énergies fossiles pas encore exploitées contiennent 5 000 milliards de tonnes de CO2 ; or, pour rester sous la barre des 2 degrés, il ne faut pas en consommer et en rejeter plus que 1 000 milliards de tonnes. C’est un vrai défi que de se limiter, cela implique de changer nos modèles de développement, et c’est tout l’enjeu des négociations sur le climat.

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Une ONG envoie un bateau pour sauver les migrants à la dérive en Méditerranée

Un article fait en 2015 sur MOAS, une ONG de secours en mer alors que la crise des migrants continuait. Et au moment de la rédaction du livre HUMAN.

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Les sauveteurs de MOAS ramènent des migrants en perdition à bord de leur navire le PHOENIX durant leur campagne 2014. Photo: MOAS / Darrin Zammit Lup

Face à l’urgence des migrants en Méditerranée, une ONG familiale maltaise, MOAS (Migrant Offshore Aid Station), envoie un navire et une équipe au secours des clandestins en pleine-mer.

Dimanche 19 avril, un chalutier coule en Méditerranée tuant avec lui plus de 700 migrants. Seules 28 personnes ont pu être sauvées. Bien que des plans européens et des opérations de surveillance soient mis en place, cette situation perdure depuis des années : depuis l’an 2000, plus de 22 000 clandestins auraient perdu la vie dans cette mer, selon l’Organisation Internationale pour les migrations (OIM).

Christopher et Regina Catrambone vivent à Malte, ils ont fait fortune dans les assurances. Suite à l’afflux massif de clandestin sur les côtes de l’île italienne de Lampedusa, le couple finance en 2013 la création de ONG MOAS, dans laquelle leur jeune fille de 19 ans est bénévole. L’association s’est dotée d’un bateau de 40 mètres de long, le PHOENIX, pour secourir en mer les migrants à la dérive.

« L’Europe a réduit ses opérations de secours en mer. Ce qui n’a pas dissuade les migrants de tenter une traversée dangereuse au péril de leur vie. Cela a seulement augmenté le nombre de morts », estime Martin Xuereb, le capitaine du PHOENIX et ancien commandant en chef des forces armées maltaises. « Nous devons donc les chercher et les secourir. Sauver des vies est notre priorité. »

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Les sauveteurs de MOAS distribuent des gilets de sauvetages aux réfugies. Photo: MOAS / Darrin Zammit Lupi

En aout 2014, le navire et son équipage de 17 personnes prennent pour la première fois la mer. Au terme de 3 missions de 20 jours chacune, ils ont sauvé la vie à près de 3000 personnes. Grâce aux informations des autorités et des autres navires ainsi qu’à l’aide de leurs 2 drones (CAMCOPTER® S-10), ils repèrent les embarcations en détresse. Les sauveteurs les approchent, font monter les migrants et leur fournissent alors des vivres, de l’eau, des gilets de sauvetage et des soins médicaux.

Cette logistique a un coût important. Et l’équipe de MOAS compte sur les dons, ses créateurs n’ont pas les moyens de financer sur la durée le projet. Regina Catrambone l’évalue : « nous voulons inspirer les autres. Une mission de ce type coûte au moins 400 000 euros par mois pour fonctionner efficacement. » Le 2 mai 2015, le PHOENIX reprendra la mer pour une nouvelle campagne de secours avec à son bord du personnel de Médecins Sans Frontières.

Julien Leprovost

 

 

Morts en Méditerranée, les chiffres pour 2014 et 2015

La traversée de la Méditerranée est souvent l’étape la plus périlleuse pour les migrants venus d’Afrique et d’Orient. Depuis le début de l’an 2000, ce sont ainsi près de 22000 personnes qui ont trouvé la mort en tentant de traverser cette mer, selon l’Office international des migrations (OIM). Le détroit de Gibraltar ou encore l’île de Lampedusa et les côtes de l’Italie sont ainsi le lieu de nombreuses tragédies souvent ignorées et dont le nombre ne cesse d’augmenter. Depuis début 2015, au moins 1776 personnes ont trouvé la mort en tentant la traversée.

En 2014, au moins 207 000 personnes ont tenté de traverser cette mer, contre 70 000 en 2011. La destination de presque 9 sur dix d’entre eux est l’Italie, puis la Grèce et l’Espagne. Leur origine est majoritairement la Syrie et l’Érythrée, suivie du Mali, du Nigeria, de la Gambie, de la Palestine et de la Somalie.

Plus de 3000 d’entre eux ont péri cette année. Et cela, malgré le fait que 85 000 ont été sauvés par l’opération de la Marine italienne Mare Nostrum, plus de 35 000 par les garde-côtes italiens, et plus de 40 000 par un total de 237 navires commerciaux contactés par les autorités italiennes pour fournir une aide dans ces situations d’urgence, selon l’OIM.

Pour aller plus loin : Lire le reportage d’un journaliste italien qui détaille le macabre business des passeurs en Méditerranée

MOAS
MoaS

Le logo de l’ONG MOAS qui vient en aide aux migrants.

Fondée en 2013, l’ONG MOAS (pour Migrant Offshore Aid Station) est basée à Malte. Sa mission : porter assistance aux migrants en détresse en Méditerranée. Pour ce faire, elle dispose d’un navire de 40 mètres, de drones et d’une équipe de sauveteurs.
site : http://www.moas.eu/fr