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Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

Il m’arrive parfois de lire (autre chose qu’Orange Mécanique, excellent romazn au  demeurant) donc je reprend ici ce que j’ai posté pour goodplanet et qui est une mise à jour du précédent post. Voici donc la « chronique » d’un petit livre (152 pages), Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, qu’on a bien aimé, même s’il ne dit pas forcément grand chose d’original, on partage pas mal de ses idées et on apprend des choses en le lisant. Sur certains points, notamment les énergies renouvelables, et le calcul de l’approvisionnement fourni par les éoliennes, ce livre apporte un éclairage intéressant. En effet, le calcul effectué permet de dire qu’une éolienne peut fournir de l’électricité pour un tel nombre de ménage, mais ce calcul ne prend en compte que la consommation domestique et individuelle, ce qui exclut tous les autres besoin énergétiques (travail, transport, commerce et ainsi de suite).

La couverture du livre
La couverture du livre

Publié en janvier 2009, le livre d’Hervé Kempf « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme » traite des questions environnementales, mais plutôt que de les aborder sous le seul enjeu écologique, l’auteur intègre les dimensions socio-économiques.  « L’avenir n’est pas dans une relance fondée sur la technologie, mais dans un nouvel agencement social », (p12) avance Kempf dès sa préface.

Le livre débute par un rapide état des lieux des problèmes écologiques causés notamment par la surconsommation des ressources et la destruction des liens sociaux. Le système économique délite les liens entre les individus et participe à la destruction de l’environnement. La recherche toujours plus poussée d’argent s’opère au détriment des principes moraux, ce qui participe à la corruption et au contournement des législations. Les effets de cette compétition et de cette surexploitation affectent, par exemple, les forêts et les stocks de poisson. « Tout surcroît de croissance du produit intérieur brut correspond aujourd’hui à une décroissance des potentialités de vie sur terre. » (p36)

Cette surconsommation, portée par le modèle de développement occidental qui est imité, résulte de l’individualisme et du capitalisme. La consommation ne sert plus à satisfaire les besoins primaires mais à s’affirmer en tant que personne. Le capitalisme est défini ainsi « un état social dans lequel les individus sont censés n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme de marché toutes les activités qui les mettent en relation. » (p69). Ce système crée des inégalités tant économiques qu’écologiques qui bénéficient aux plus riches. Ces derniers imposent aussi un mode de vie basé sur l’individualisme, dans lequel l’argent sert à la consommation sans pour autant contribuer au bien-être des personnes. Les individus ne sont plus capables d’agir collectivement et sont affaiblis.
La croissance verte n’est pas la solution car elle implique une croyance dans des solutions techniques qui n’ont pas encore été développées et n’incite pas à un changement dans les modes de production suffissent. D’un côté, le nucléaire n’a toujours pas résolu la question des déchets et cela pose des problèmes pour les générations futures. De l’autre côté, les énergies vertes ne sont pas mises en place pour lutter contre le changement climatique mais pour réaliser du profit. Surtout, les énergies renouvelables sont déjà l’enjeu d’une lutte entre les grandes entreprises qui s’en sont saisies pour disposer d’un avantage concurrentiel. Le renchérissement du prix de l’énergie profite donc aux grandes compagnies et leur permet de mener des projets peu respectueux de l’environnement devenus rentables comme l’exploitation des sables bitumineux en Alberta ou encore la production d’huile de palme pour obtenir des agrocarburants. La croissance verte sert à maintenir en place un système qui bénéficie aux plus riches et nuit aux plus démunis.

Pour Hervé Kempf, ce système vit ses dernières heures malgré ses tentatives d’adaptation. En effet, il ne peut plus continuer ainsi à surexploiter la planète. Néanmoins, il est possible de considérer que sur ces questions Hervé Kempf a une approche assez marxiste dans le sens où il oppose une classe dominante qu’il nomme « oligarches » au reste du monde. Au-delà de ces riches et puissants, il s’attaque surtout aux classes moyennes, groupe indéterminé et intermédiaire qui veut imiter le mode de vie des très riches et qui contribue donc à la dégradation de l’environnement car la généralisation d’un tel mode de vie est impossible. Cette critique de l’individualisme peut apparaître comme conservatrice surtout lorsque l’auteur s’en prend à des phénomènes sociaux comme le divorce ou la pornographie.

Face aux limites de ce modèle, l’auteur propose de revaloriser le lien social et l’échange. La survie de l’humanité doit devenir un facteur de décision qui entre en compte dans les calculs économiques. Une société de sobriété énergétique est privilégiée, elle doit passer par un changement social qui privilégie l’usage à la possession, à l’image des vélos en libre service ou de l’auto-partage. Le collectif doit remplacer l’individu, le profit ne doit plus être la seule variable de l’action. Il met en avant le rôle des coopératives et des circuits d’échanges qui ne sont pas motivés par le seul profit. Kempf compte sur l’assentiment des personnes car « mieux vaut choisir ce changement d’habitudes plutôt que de le subir » (p127) car tout ce qui jusqu’à présent était abondant risque de devenir rare donc cher. « Le problème du rationnement est d’opérer sa mise en place avant que l’évidence de la crise ne le fasse accepter sans discussion, par voie autoritaire » (p129), affirme Kempf qui place donc ses espoirs dans le dialogue, la coopération et la création de valeurs autres que marchandes. La coopération doit remplacer la compétition. L’égalité est aussi une des conditions à remplir pour sortir du capitalisme. Pour y parvenir, une société plus égalitaire doit être mise en place par la taxation des richesses et une meilleure redistribution.